Entretien d’une quinqua escort girl

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Oser être travailleuse du sexe à cinquante ans

Attention. Cet article contient des mots ou expressions pouvant être considérés comme grossiers, vulgaires ou choquants, il s’adresse à un public majeur et averti.

La prostitution désigne la pratique sexuelle caractérisée par l’absence de sentiment d’amour dans la possession d’un corps. Elle est attestée depuis si longtemps que certains la qualifient de « plus vieux métier du monde ». On la juge nécessaire, la tolère, la pratique ou on la refoule et la qualifie d’abomination sordide avilissante. D’une manière générale, personne ne l’approuve. En France, les clients sont passibles d’une amende de 1 500 euros à 3 750 euros en cas de récidive. Pourtant, les estimations officielles du nombre de prostituées varient de 30.000 à 40.000.
J’ai pu échanger avec l’une d’entre elles.
Voici l’entretien, sans filtre, d’une travailleuse du sexe quinquagénaire.

J’ai rencontré Cathy autour d’un café. Rapidement, elle m’a mise à l’aise. Tout d’abord, elle ne s’estime pas être une prostituée : elle se qualifie d’escort girl, ou plutôt de travailleuse sociale, vendant du sexe à des hommes “en manque”. Elle n’a jamais racolé dans la rue ou été sous l’emprise d’un proxénète. Malgré tous les risques qu’elle encourt, elle m’a fait confiance et a accepté de m’en dire davantage sur son parcours, ses motivations et ses choix. Pour respecter sa parole et son franc-parler, j’ai retranscrit à l’identique ses propos, parfois crus, pouvant heurter, voire déranger.  

Drague, sexe et mobylette : jeunesse abîmée d’une future prostituée

Cathy est née en banlieue parisienne de parents alcooliques, « ronds comme des queues de pelles du matin au soir ». Aînée d’une fratrie de huit enfants, elle se responsabilise très tôt en s’occupant de ses frères et sœurs. Elle arrête ses études après l’obtention de son certificat, car l’école ne la passionne pas beaucoup. Elle s’ennuie. Une seule chose l’intéresse : les garçons. Dès l’adolescence, elle cherche à les séduire, à les provoquer. Elle s’habille court et met en valeur ses beaux yeux : la stratégie est payante, les jeunes hommes cèdent facilement. Un jour, alors qu’elle s’affaire dans les toilettes avec l’un d’entre eux, un surveillant les surprend. La mise à pied du directeur ne l’intimide absolument pas. Elle continue de sortir tous les samedis soir les boîtes de Lille. Elle drague ouvertement. D’ailleurs, elle ne porte jamais de culotte, même à vélo. Dès ses seize ans, elle travaille à l’usine pour y trier le poisson. Elle repasse ensuite les draps dans un grand hôtel lillois. Son décolleté séduit, son patron menace de la licencier si elle ne cède pas à ses avances. Contrariée par tant d’insistance, un soir de pluie, sur sa mobylette, elle percute une automobile. Miraculée, elle n’écope que de multiples fractures aux jambes. Elle ne veut plus revenir dans cet hôtel, mais doit absolument fuir son domicile. Pour trouver un toit, elle frappe à la porte d’un refuge pour enfants mineurs. Son histoire est entendue, elle est accueillie, puis prise en charge par les éducateurs. Le juge pour enfant convoque sa mère et son père, qui arrivent éméchés au rendez-vous. Son enfance difficile lui a apporté beaucoup de maturité, elle sait déjà gérer un budget et un foyer. Elle obtient un studio meublé jusqu’à sa majorité, puis un diplôme d’aide-soignante, pour fuir l’usine et échapper aux cadences répétitives de l’industrie. Elle aime toujours autant la fête et les garçons. Pourtant à dix-huit ans, une rencontre change sa vie… 

Patronne de cabaret et mère dE famille nombreuse

À peine majeure, Cathy tombe follement amoureuse d’Adrien, celui qui deviendra le père de ses enfants. Il a quasiment vingt ans de plus qu’elle et gère un cabaret spectacle de strip-tease de nuit. Pour la première fois, Cathy découvre un cocon rassurant dans lequel elle se sent bien. Adrien est généreux, si bien qu’elle dispose de tout l’argent dont elle a besoin. Elle devient sa propre patronne et travaille avec lui la nuit : elle sert les boissons, vérifie les prestations des filles et encaisse les billets. Le cabaret tourne bien « ça gagnait bien, le sexe attire les gros bonnets, les maires, les commerçants fortunés, les trafiquants de drogue aussi… » Elle ne touche pas à tout cela et ne fait pas de strip-tease. Elle, son leitmotiv, c’est l’argent et ses 1500 euros de recette par nuit. Moins d’un an après sa rencontre avec Adrien, elle tombe enceinte d’un premier garçon, puis enchaîne un enfant tous les deux ans. Lui n’en veut pas. Catégoriquement. Il ne les reconnaît pas à leur naissance. Tant pis, elle les assumera toute seules. Il ne s’en occupe pas, mais subvient financièrement aux besoins de la famille. À 30 ans, elle a un déclic « ras-le-bol de cette vie-là, je ne t’aime plus et je te quitte ». Après quatre enfants et dix ans de carrière dans le monde du strip-tease, elle ne souhaite plus faire endurer ce mode de vie à ses enfants. De toute façon, elle ne supporte plus non plus les clients violents ou alcoolisés au bar. Du jour au lendemain, elle s’en va, déménage dans un petit appartement et postule de nouveau à l’usine. Elle gagne subitement très peu d’argent, mais perçoit les allocations de mère isolée, ce qui lui permet de maintenir la tête hors de l’eau. Elle enchaîne les aventures sans lendemain, juste pour « s’entretenir le clito ». Un jour, une amie lui présente son nouveau conjoint, Claude. 

Gérante d’un bar à hôtesses et plus si affinités… 

Fasciné par la spontanéité de Cathy, Claude quitte son amie et tente de la séduire. La réciproque n’est pas vraiment là. Il ne lui plaît pas physiquement, mais elle a envie de sexe et se laisse attendrir. Elle le quitte, puis « le reprend », plusieurs fois. Claude est fou d’elle, il est gentil avec ses enfants et lui sert de garde du corps. À l’époque, elle vit dans une maison et a besoin de plus d’argent. Elle retrouve dans la précipitation une place de gérante dans un bar de nuit. Tous les soirs, elle se déguise et se maquille en “femme sexy”, car là, on lui demande davantage d’implication dans ses « prestations » : elle doit réaliser des fellations à un maximum de clients. Il faut les inciter à la consommer, qu’ils payent des bouteilles de champagne pour ensuite empocher un pourcentage de bénéfices en cash. Contre 8 bouteilles de champagne à 150 euros par exemple, elle gagne 400 euros net, en une soirée… Elle ne se force jamais, et aime le faire avec plaisir « même si sa gueule ne te revient pas, tu te concentres sur sa bite et tu penses à l’argent. » Toutes les nuits, avec son décolleté ravageur et ses formes généreuses, elle ruine les hommes qui se sont laissés piéger, sans scrupule « les types qui entrent dans ce type d’établissement savent à quoi s’attendre ». Elle tient le rythme en se fixant des objectifs audacieux : 1 000 euros de bénéfices pour les samedis, 400 euros pour les nuits de semaine. Il y a des concurrentes, mais sans se vanter « elles ne m’arrivaient pas à la cheville. J’ai du savoir-faire » le bouche-à-oreille fonctionne ; elle devient rapidement connue dans le milieu. Pas timide ni timorée, elle plaît. Elle distingue le sexe, les sentiments et l’argent. Le sexe est son travail. Point. Son corps est un outil de travail. Elle freine sévèrement ceux qui veulent la pénétrer. Elle vide discrètement les bouteilles qu’elle gagne dans les pots de fleurs, et vérifie constamment que les filles respectent les durées « une fellation, c’est ½ heure, pas plus, faut que ça soit rentable ». 

Retour à la vie “presque” normale après la prostitution…

À la quarantaine, elle décide à nouveau de changer de vie : elle embarque Claude et ses enfants pour se rapprocher de sa petite sœur, dans le Sud. Elle a besoin d’une pause dans cette vie « d’oiseau de nuit ». Elle choisit un travail d’aide-soignante dans une maison de retraite. Commence alors une vie « normale », heureuse, avec une grande maison, un jardin et un chien. Claude s’occupe bien des enfants. Il faut croire que Cathy se refuse au bonheur puisqu’elle quitte une nouvelle fois sa stabilité et son cher et tendre compagnon. De nouveau, elle connaît les galères financières. Elle surfe sur internet et s’attarde sur les sites d’escorte girls. Inscrite sous des surnoms évocateurs, elle réalise des photos sexy puis attend que les hommes l’appellent. Quand le téléphone sonne, son discours est prêt. « Bonjour, je fais 95D de poitrine naturelle, je suis épilée entièrement, je prends à pleine bouche, j’adore faire la fellation et je suis très coquine. » Son tarif, c’est 200 euros… de l’heure. Un prix qui dissuade les mauvais payeurs. « La règle du jeu est simple, dès qu’ils éjaculent, la prestation est terminée. » Le client paye toujours avant, en espèce. Elle reçoit chez elle, dans une pièce dédiée. Dans l’ensemble, elle considère que sa clientèle est respectueuse et aimable. Elle reçoit des cadeaux, des fleurs et du champagne. Certains deviennent des amis. D’autres tombent amoureux à leurs risques et périls… car Cathy les rejette tous catégoriquement. Son profil attire tous types de tranches d’âge « des minets de 30 ans aux hommes presque au cimetière ». Pourtant, Cathy est loin d’être conforme aux silhouettes refaites des bimbos des télé-réalités. Elle plaît, car justement, elle assume son âge, ses bourrelets, et son mode de vie. Ces clients cherchent à retrouver du plaisir, de l’écoute, d’oublier leurs problèmes, déstresser du travail, et surtout, sentir qu’ils plaisent encore. Ils aiment se sentir « mâles ».  Elle fait souvent « du social », écoute les problèmes conjugaux « ma femme est froide, elle ne veut plus faire de sexe avec moi… » Certains ne payent que pour parler, d’autres la contactent pour une première expérience. Les trentenaires sont friands de femmes âgées, car elles ont plus d’expériences et moins de complexes. Tout en les massant, Cathy écoute, conseille, et se tait. Elle doit rester invisible, discrète. C’est l’amante de tellement d’hommes… 

Escort Girl : argent facile, mais mental d’acier

Son métier a énormément d’impact sur sa vision des hommes. Son mantra « Ne baisse jamais la garde, ne fais confiance à personne ».  Elle a peur d’être trompée « c’est plus fort qu’eux, ils ont besoin de changer de crèmerie, ils ont le vice en eux ». Le modèle de couple, elle n’en veut plus. Après tout, elle aime trop son indépendance et sa liberté. Son caractère est fort, elle domine tout, de sa liste de course à ses sentiments. Elle ne fera pas la popote pour un bonhomme. Cette vie, c’est son choix. Elle décide de gagner de l’argent de cette façon. Illégalement. Tous ces clients réunis lui apportent tellement qu’un seul homme ne pourra plus la combler. « Être escort à 50 ans, c’est le plus beau métier du monde ! Tu fais du sexe avec des hommes différents, quand tu veux, à domicile. Le jour où je sens que je me force, j’arrête ». Elle gagne bien plus d’argent qu’elle n’en aurait espéré… mais c’est totalement illégal. Elle ouvre sa porte chaque jour, à des inconnus…qui pourraient la dénoncer ou la faire chanter, en guise de représailles. Elle me dit qu’elle n’a pas peur, qu’elle sait se défendre… Chaque prestation lui demande trente minutes de préparation : douche, maquillage, lingerie sexy, talons… selon les désirs des clients. Les préservatifs sont obligatoires. Dans la chambre, l’ambiance est intimiste, entre lumière tamisée et musique sensuelle. Pour les plus courageux, elle pratique la domination. Coup de martinet, cravache, godes-ceintures, gifles… l’homme est à quatre pattes, complètement soumis. Elle les maltraite et les insulte de tous les noms, en enfonçant ses talons aiguilles dans le dos. Certains hurlent. Tant pis. Sur son temps libre, elle continue de fréquenter les clubs échangistes, mais uniquement pour « se détendre » et boire des coupes de champagne. « De la baise, j’en ai ». 

 À la question est ce qu’il te reste encore des rêves, elle répond : « J’aurais aimé partager ma vie avec un libertin. Si le commerce du sexe devenait légal, je voudrais devenir patronne d’une maison close. »  Cathy est une femme de pouvoir. 1,53 m de force et de bonté. De détermination et de tendresse. Une quinquagénaire de caractère, qui a su se forger une carapace pour affronter la dureté de la vie, sans en oublier de savourer, parfois, ses bons côtés…