Sigourney Weaver | Icône du Cinéma de Genre

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Quelle personne cinéphile n’a jamais entendu parler de Sigourney Weaver ? Actrice phare des années 80, elle a marqué de son empreinte le paysage hollywoodien, le septième art, et la pop culture. Pourtant, c’est en jouant dans la thématique de la science-fiction, très décriée à l’époque, qu’elle bouleversa les carcans de l’héroïne cinématographique. Grâce à sa présence sur le grand-écran, le genre mineur de la SF retrouva ses lettres de noblesse qu’il avait perdues depuis de nombreuses années. Actrice de talent aux personnages forts et féministes, c’est avec fougue et créativité qu’elle devint celle que l’on surnomme aujourd’hui The Queen.

Les débuts d’une actrice authentique

Une naissance dans un milieu artistique propice

Susan Alexandra Weaver est née le 8 octobre 1949 à New-York, dans le quartier de Manhattan. Son père, Sylvester Weaver, était un publicitaire et surtout ex-président de la grande chaîne NBC. Sa mère, Elizabeth Inglis, était une comédienne britannique. 

Avec des parents versés dans l’art visuel et dans la comédie, c’est tout naturellement qu’elle voudra devenir actrice. Son premier fait d’armes, véritable acte d’émancipation, est de changer son nom en 1963. Alors qu’elle est à l’école pour filles d’Ethel Walker à Simsbury, elle constate qu’il y a trop de Susan dans la classe à son goût. Elle choisira le prénom Sigourney, tiré d’un personnage de Gatsby le Magnifique. À 14 ans, Sigourney Weaver est née.

En 1972, elle sort diplômée de Stanford avant de poursuivre sur un Master of fine arts à l’école dramatique très réputée de Yale. Durant ses premières années, elle aura l’occasion de développer des compétences éclectiques inhérentes au métier de comédienne : le chant, la danse, la vocalisation, et bien évidemment, le théâtre.

Des premiers pas classiques et progressifs

Sigourney jette son dévolu sur les planches dramatiques. Elle apparaîtra notamment avec Ingrid Bergman dans The Constant Wife. Malheureusement, beaucoup de ses pièces ne seront pas mises à l’honneur à Broadway. Le succès se fera attendre. 

C’est par les portes de la télévision et surtout du cinéma que les choses vont s’accélérer. Elle aura un rôle sur le petit-écran dans The Best of Families. Sa première apparition sur le grand-écran sera dans Annie Hall en 1977, où elle incarnera pendant une dizaine de secondes la petite amie de Woody Allen. Nous arrivons alors en 1979, où la roue du destin s’arrête pour la prendre en vol.

Sigourney Weaver au cinéma : une carrière d’actrice hors-normes

Alien de 1979, l’opportunité d’une vie

En 1978, Alien le huitième passager est en gestation. Ridley Scott, réalisateur britannique talentueux, recherche le personnage de Ripley, un officier de bord féminin alliant sensibilité et robustesse. En vain. Walter Hill, le scénariste du film, lui parle de Sigourney Weaver qu’il a vue dans Madman la même année. Les louanges de ce dernier convainquent le réalisateur qui envoie un script à l’actrice. 

Attendue pour une audition à New-York, elle sait que le rôle sera donné à Veronica Cartwright, faute de mieux. Cette dernière incarnera finalement Lambert, une autre femme du Nostromo, car la présence et le physique de Sigourney taperont tout de suite dans l’œil des membres de l’équipe. Elle fera montre de sensibilité, d’intelligence, de force et de sensualité. 

Par la suite, elle convaincra Alan Ladd. D’abord dubitatif, le producteur acceptera de l’embaucher quand il verra la scène tournée pour l’occasion.

Avant même d’arriver à l’audition, Sigourney était nerveuse. Elle appellera son agent pour abandonner. Ce dernier insistera pour qu’elle y aille. Bonne pioche, car elle y trouvera le rôle de sa vie ! Le 22 juin 1979, Alien sort au cinéma et emporte tout sur son passage. Avec lui, une actrice exceptionnelle et un personnage mythique sortent de l’œuf.

Ellen Ripley : le rôle de sa carrière

Dans la filmographie de Sigourney Weaver, la saga Alien demeure sa plus grande réussite. Rétrospectivement, c’est un fait pour le moins ironique d’après les dires de l’actrice en interview : « Je n’avais jamais vraiment fait de cinéma et je n’étais pas sûre de vouloir faire de la science-fiction […] Je suis allée auditionner pour Alien mais je n’avais pas survécu à l’école d’art dramatique de Yale pour faire de la SF. »

Ce rôle, prévu pour coller autant à un homme qu’à une femme, fera son succès planétaire. En osant aller à contre-courant de sa formation, en bravant la bête, Sigourney Weaver deviendra une actrice culte et sera identifiée à son personnage. Elle sera Ellen Ripley, pour le meilleur et pour le pire.

La profondeur de l’héroïne témoignera d’une richesse exponentielle sur les quatre films :

  • une commandante de bord éprouvée et sexualisée dans Alien ;
  • une consultante traumatisée et guerrière dans Aliens ;
  • une rescapée désabusée entourée de prédateurs dans Alien3 ;
  • un clone surhumain en quête d’identité dans Alien Résurrection.

Symboliquement, Sigourney et Ripley partageront le même sang. Une façon inéluctable de lier l’actrice au rôle de sa vie dont elle aura bien du mal à se défaire. Un mal pour un bien ?

La maternité comme thème central de son œuvre

Les thèmes de la procréation, du viol, de la violence de la nature, de l’obscurité intérieure et de la maternité constituent la manne de la saga Alien. Par conséquent, l’actrice en a été le porte-étendard à travers son personnage et dans sa filmographie au sens large. 

Les attributs et symboles liés au maternel, au féminin, et à la sexualité, sont évidents dans cette franchise horrifique :

  • elle se retrouve confinée dans un vaisseau traquée par un monstre au crâne phallique et à la langue rétractable dans le premier épisode ;
  • elle se bat contre la reine Alien pour protéger une petite fille orpheline dans le second épisode ;
  • les cheveux complètement rasés, elle prend conscience qu’elle va devenir mère d’une monstruosité dans le troisième épisode ;
  • elle est un clone créé pour enfanter une mère alien dans le quatrième épisode.

Au-delà de la quadrilogie Alien, Sigourney Weaver sera maternelle dans trois autres films marquants. Tout d’abord dans Gorilles dans la Brume, biopic de 1989 où elle incarne la zoologiste en primatologie Dian Fossey. Viendra ensuite en 1992 S.O.S Fantômes 2 où elle reprend le rôle de Dana Barrett dont le bébé est menacé par un esprit malfaisant. Enfin, en 2009, elle sera le docteur Grace Augustine dans Avatar, fascinée par l’arbre de vie du peuple Na’vi. 

La reine de la pop culture SF

Les franchises cinématographiques ont le vent en poupe depuis le début des années 2000. Mais rares sont les personnages qui ont cristallisé une telle passion dans le cœur des fans du film de genre. Sigourney Weaver a été surnommée The Queen of Sci-fi, un titre honorifique. Ainsi, à l’instar de Frida Kahlo pour l’art, l’actrice est devenue une icône de la culture pop pour le cinéma. 

Ce surnom possède une symbolique double. Premièrement, il évoque sa place prépondérante dans la culture de la science-fiction. Le rôle de Ripley reste à ce jour le plus adulé. Il se verra même récompensé d’une nomination aux oscars pour Aliens, chose exceptionnelle pour un film de genre. Elle ira même jusqu’à démystifier son image dans le film burlesque Galaxy Quest en 1999 en incarnant une blonde stéréotypée. Deuxièmement, cela évoque une mise en abyme de l’actrice par rapport à son rôle. Queen renvoie à la reine Alien, qui ici est remplacée par Sigourney en personne. Une manière subtile de couronner un personnage et une actrice féministes.

Une artiste multifacette et humaniste

Avec les années, Sigourney Weaver a multiplié les apparitions dans différents médias visuels. Si Ellen Ripley n’est plus sur les écrans, son interprète demeure toujours présente dans des projets divers et variés. Comme bon nombre d’artistes expérimentés du milieu, sa prise de recul l’a conduite plus en retrait du star-system. Le 16 décembre 1999, son succès planétaire lui vaudra la fameuse étoile distinctive sur le boulevard du Walk of Fame à Hollywood.

En 2011, forte de son image, elle affichera un solide soutien au chef Raoni dans la lutte contre l’édification du barrage de Belo Monte au Brésil. Cette année, à la cérémonie des Oscars, elle rappela au monde entier à quel point les femmes, elles aussi, sont des super-héroïnes. Nous pouvons la retrouver actuellement dans la série française Dix pour cent, où elle y incarne son propre rôle, tout en dérision. Quel meilleur acte de sagesse que de porter un regard décalé sur sa carrière ?

Sources :